Vous rappelez-vous des tentes dans la rue ? De cette
offuscation de bazar, qui avait investi
le PAF ? De l’association Don Quichotte ?
C’était hier, ce sera demain… Rien n’a
changé… Qui se souvient ?
On avait planté des tentes de partout. « Soyons
solidaires !… Mais pas trop près de chez moi quand
même… »
Tiens, mais que se passe-t-il ? Il y a des gens qui dorment
dans la rue ? Vraiment ? On m’aurait menti ? À
l’insu de mon plein gré bien sûr ! Mais c’est
effroyable ! Comment font-ils ? C’est bizarre, je
ne les avais jamais vus auparavant… D’où
sortent-ils ?
Janvier était apparu comme une révélation collective… Des
« Ah !bon ! » et des « Faut faire quelque
chose… », sortis de nulle part se sont mis à fleurir au
pied du podium des finalistes politiques. Mieux vaut tard que
jamais rétorqueront les plus optimistes, mieux vaut tard si ça
dure, leur répondrai-je !
Le défilé des « y’a qu’à » et des « faut
qu’on » n’a pas laissé grand place aux réels
concernés. On s’est caressé la braguette mutuellement en se
rassurant sur l’humanité dont on faisait preuve envers les
plus… Les moins… Enfin vous voyez… Ceux
qu’on ne savait même plus comment nommer.
Pourtant les volontaires étaient là, réellement volontaires,
vraiment bénévoles, foncièrement bons… Ils étaient là depuis
des années à se démener dans l’ombre… Et par hasard
Balthazar, en ce bon mois de janvier, tout le monde s’est mis
à découvrir ceux qui depuis longtemps ne comptaient plus pour la
société. Miracle de l’information, miracle des élections,
superbe apparition de la conscience collective qui est venue
récupérer à travers people, stars d’hier et politiques, le
dévouement sans limite des associations qui vivaient en marge du
TPMG (Tout Pour Ma Gueule). Les SDF sont alors devenus une priorité
nationale en quelques jours, tant mieux, tant que cela ne durerait
pas seulement quelques jours…
Car un problème s’est posé devant cet étalage de
tentes : comment les loger ? Il manquait déjà des
milliers de logements sur le territoire, les politiques
d’urbanisme allaient maintenant devoir compter avec ce
surcroît de demandes, surtout s’il était étayé par la loi du
« logement opposable », une loi, sympathique au
demeurant, mais qui ne construisait ni mur, ni toit, ni réseau
électrique, ni eau courante.
Il était sympathique, oui, il était fort sympathique de voir des
visages médiatiques s’afficher pour une nuit avec les sans
abri ; ça ne coûtait rien, juste se geler la couenne une nuit
pour une relance de carrière assurée. Bonne conscience aseptisée
qui faisait sortir les mouchoirs avant de reprendre de la
purée.
Résoudre le problème rapidement ? Oui ! Des
solutions… Alors… On va se réunir… Trouver des
possibilités qui engendreront des situations difficiles, étudier
les éventualités qui feront rejaillir des problématiques
jusqu’ici apaisées… Et puis il faudra financer…
Qui va payer pour ces milliers de logements ? Car bien sûr
qu’il faut les construire, mais qui va les financer ?
Une idée a fusé tout à coup, une idée à classer dans les pansements
à usage médiatique avant d’être jetée : surtaxer les
propriétaires de logements vacants s’ils ne les mettaient pas
à la disposition du public pour désengorger les HLM, qui eux-mêmes
pourraient alors être mis à la disposition des SDF etc,
etc…
Compte tenu du nombre de logements non utilisés pour résoudre le
problème, autant se pignoler avec une pince à épiler !
Pansement inutile, les SDF avaient encore de « belles
nuits » à passer avec un bout de trottoir en guise
d’oreiller !
Une solution rapide, efficace, juste… Oui, il y en avait
une… Il y en a une, toujours valable
aujourd’hui… Toujours envisageable pour l’hiver
prochain… Mais qui risque de ne pas être du goût de tous ces
« néo solidaires » de janvier…
Car les logements existent depuis longtemps pour tous ces
SDF… En tant que priorité nationale, cette solution ne peut
être mise en place que sous l’impulsion d’une
initiative de l’Etat… Un Etat qui va devoir financer
ces constructions… Ou simplement mettre tous ces logements
qui existent et qui lui appartiennent à leur disposition…
Plutôt que les distribuer à son personnel administratif sans aucune
légitimité.
Avez-vous idée des milliers de logements dont dispose le personnel
de l’Education Nationale, de la gendarmerie, du corps
hospitalier… À des prix ridiculement bas par rapport au
barème des prix de l’immobilier ? Des dizaines de
milliers, des immeubles complets ! Tout ce personnel reçoit un
salaire au moins équivalent à n’importe quel professionnel
travaillant dans le privé ! Trouvez-vous légitime qu’en
plus d’un salaire décent et de la sécurité de l’emploi,
ils aient droit à un logement dont le loyer frise le pourboire de
brasserie ? C’est un privilège de caste, la même caste
qui s’offusque, défile et se sent prise aux tripes par la
condition des SDF ! Ce n’est qu’un privilège sans
aucune légitimité !
Ils veulent une solution rapide et efficace, la voici : Je
propose que tout le personnel administratif disposant d’un
logement à loyer réduit, voire indécent, fourni par l’état,
donne sa dédit, pour louer un appartement comme n’importe
quelle famille lambda. D’autant que vis-à-vis des
propriétaires, ce ne sont pas les garanties de salaire et la
stabilité de l’emploi qui risquent de
manquer !
Voilà ce que j’appellerais de la vraie solidarité, et encore,
ce ne serait que justice vis-à-vis des SDF et de l’ensemble
de la population active ne bénéficiant pas de ce type de
privilèges !
Vous aviez un problème chers politiques, en voici la solution. Une
solution, juste, équitable, sans budget supplémentaire à trouver
pour construire ces milliers de logements qui ne pourront jamais
voir le jour avant des années. Une solution qui touche à des
privilèges de castes qui pèsent lourd dans les urnes, une solution
que je ne crois aucun de vous capable d’envisager et encore
moins d’appliquer.
Quelle simplicité pourtant, une réunion, un décret, six mois de
mise en place et l’hiver prochain, plus une personne ne
dormira sous une tente en guise de palais des bonnes volontés,
chacun aura un toit où s’abriter.
C’est votre devoir, vous en avez la responsabilité, vous en
avez les moyens, vous en avez le pouvoir, et si vous ne faites
rien, il ne vous en restera demain que les restes d’un corps
congelé, mort de froid sur le pavé. Et puis… Un peu de
solidarité pour l’hiver prochain, ni plus ni moins que des
crevasses sur des mains d’assassins.
C’était hier, ce sera demain… Qui se souvient…
C’est possible pour aujourd’hui, pour l’hiver
prochain… Il ne sert à rien de pleurnicher devant sa télé
quand on est nourri, blanchi, logé, tous frais payés… La
solidarité n’est pas un plat de nouilles dont on se ressert
en regardant le journal télé… Quand on est privilégié, on
fait, ou on se tait… Pour régler le problème, il suffirait
pourtant d’un peu d’honnêteté intellectuelle et
d’une paire de couilles sérieusement accrochées ! Deux
éléments indispensables qui font souvent défauts à notre belle
société !
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